Blog

Faire dialoguer les langues et cultures avec les personnes déplacées

Eupheme - Blog Faire dialoguer les langues et les cultures
Par Virginie Kremp
Que penser de l’accueil des personnes déplacées dans nos pays européens ? Il ne s’agit pas ici d’évoquer le désastre humain des naufrages en mer Méditerranée mais de notre manière d’accueillir les migrant.e.s et de leur faire une place dans nos sociétés.

Les associations et les pouvoirs publics pensent agir au mieux, mais ils accompagnent peu les personnes chargées de la prise en charge des migrant.e.s au niveau de la formation continue. Peu sont les bénévoles ou professionnel.les formé.e.s à la bienveillance linguistique.

C’est sans doute pourquoi j’entends régulièrement des responsables de formation en français langue étrangère dire : « les migrants doivent à tout prix s’intégrer, devenir autonomes, et apprendre le français. » J’en conviens. J’entends aussi : « dans les cours de français, il ne faut parler que le français, sinon ils ne s’intègreront pas. » Je suis moins d’accord. Imaginez-vous débarquer en Chine dans un cours de langue chinoise sans comprendre un mot de cette langue ? Vous aimeriez, je pense, quelques explications dans une langue connue de vous.
J’entends encore des élus français déclarer : « pourquoi nos bibliothèques devraient acheter des livres dans les langues des migrants alors qu’ils sont là pour parler français. »

En Suisse, depuis plus de 40 ans, il existe un réseau de bibliothèques interculturelles et multilingues. Pourquoi ? Parce qu’une bonne intégration passe par de bonnes conditions d’accueil, dans le respect des langues et des cultures des personnes qui demandent l’asile ou le droit de séjour.
Les bibliothèques interculturelles mettent à disposition des médias dans les langues de ces personnes. Les pouvoirs publics ont compris que quiconque réside en terre étrangère sera plus enclin.e à s’adapter si iel se sent respecté.e et reconnu.e et acceptée dans son identité intrinsèque, c’est-à-dire aussi dans sa langue.

En tant que pays accueillant, nous devons accepter que les perceptions culturelles des personnes déplacées, différentes des nôtres, dialoguent avec les nôtres. C’est à nous d’ouvrir ce dialogue, en explicitant les attendus de nos sociétés. Nous pouvons créer des moments d’échanges avec les migrant.e.s sur leurs pratiques sociales et culturelles, comme nous le faisons spontanément quand nous sommes en voyage chez eux, et qu’ils nous ouvrent leurs portes pour nous offrir un thé et discuter.

C’est d’abord aux personnes accueillant et formant les migrant.e.s de montrer leur ouverture d’esprit, de comprendre et de faire comprendre que ce qui semble naturel – nos valeurs, notre culture, notre façon de penser – est une construction culturelle qui nous façonne dès l’enfance.

La qualité de notre accueil dépendra de l’acceptation de la différence linguistique et culturelle. Il n’y a pas d’accueil digne de ce nom sans acceptation de l’Autre dans sa part d’inconnu qui renvoie à la nôtre et qui parfois, effraie.